Le Bonheur

Dossier de philosophie rassemblant mes dissertations issues du programme de classes préparatoires 2005-2006 : « la recherche du bonheur ».


Présentation

Je présente ici mon travail effectué en première année de classe préparatoire (MPSI, 2005-2006), durant laquelle le programme de philosophie était « La recherche du Bonheur ». Le œuvres au programme étaient les suivantes :

Dissertations

Bonheur et plaisir

« La recherche du bonheur est-elle celle du plaisir ? »

Nous sommes face aux questions de la recherche du bonheur, question philosophique par excellence depuis l'Antiquité et de celle du plaisir, recherches communément équivalentes ou du moins souvent confondues.]

Cependant, ces deux souverains biens sont-ils réellement identiques ? La recherche du bonheur mène-t-elle au plaisir et réciproquement ? En effet, il semble que la recherche du bonheur soit plus difficile et longue que celle du plaisir, qui paraît évidente, voire immédiate.

Les grandes étapes de notre réflexion seront :

Partie I

Si l'on définit le bonheur comme l'absence de troubles, il semblerait que la satisfaction de nos désirs soit indispensable pour accéder à ce bonheur. En effet, on imagine rarement un bonheur rendu imparfait par des manques. La recherche du bonheur serait donc celle de la satisfaction de tous les désirs et donc d'un certain plaisir, que procure généralement le contentement.

On pourrait, d'autre part, considérer LE bonheur comme la somme de « petits bonheurs », c'est-à-dire de satisfactions ou de plaisirs ponctuels, vision correspondant à celle de notre société de consommation, qui paraît nous faire vivre de nombreux et brefs bonheurs. Déjà, les écoles philosophiques d'Aristote, des Stoïciens et des Épicuriens concevaient le bonheur comme « la possession des différents biens », c'est-à-dire de plusieurs éléments fédérés par un « Souverain Bien ».

Enfin, on pourrait s'interroger sur l'intérêt que constituerait une recherche du bonheur indépendante de celle du plaisir. En effet, pourquoi chercherions-nous le bonheur s'il ne nous apportait pas un plaisir durable ? Il semble bien que nous cherchions souvent le bonheur pour le plaisir qu'il procure. Dans ce cas, nous rechercherions le plaisir pour lui-même, comme les épicuriens qui présentent le plaisir comme Souverain Bien. Ainsi, Épicure déclare dans la Lettre à Ménécée qu'il est : « le premier des biens naturels »

La recherche du plaisir semble donc être un moyen d'accéder au bonheur. Cependant, ne peut-on pas imaginer des cas où ces deux recherches sont bien différentes ?

Partie II

Pour Platon et Aristote, le bonheur doit passer par la soumission des désirs à la raison et non pas par la satisfaction de ceux-ci. De même, Sénèque, dans La Vie heureuse, conseille la soumission des désirs à la force intérieure qu'est la vertu : « que la vertu marche la première et que la volupté soit sa compagne ». Par conséquent, pour Sénèque, ce n'est pas le plaisir de la satisfaction qui mène au bonheur mais la vertu. La recherche de la volupté est donc pour lui très différente de celle du bonheur.

D'autre part, il semble que, dans la majorité des cas, nous recherchions le plaisir dans le but d'atteindre le bonheur. Cela distingue bien ces deux quêtes puisque nous recherchons le bonheur pour lui-même : il s'agit d'une recherche très particulière : celle de quelque chose qui est une fin en soi. Ainsi, dans l'Éthique à Nicomaque, Aristote explique que les Hommes cherchent leur bonheur dans le plaisir, l'honneur ou le savoir, ces trois éléments étant alors des chemins pour accéder au bonheur et non des buts en eux-mêmes.

Pour Kant, la recherche du bonheur doit passer par celle de la moralité : pour lui, il faut être moral pour être digne d'être heureux. Ainsi, pour lui, la recherche du bonheur n'est pas celle du plaisir mais celle de la moralité. Par conséquent, les plaisirs immoraux, par exemple ceux qui conduisent à la souffrance d'autrui, ne peuvent en aucun cas rendre heureux puisqu'ils nous séparent de la moralité et donc du bonheur.

La recherche du bonheur semble donc être la recherche du plaisir mais pas de tous les plaisirs. Doit-on alors différencier plusieurs sortes de plaisirs ?

Partie III

Tout d'abord, Épicure, dans la Lettre à Ménécée, distingue plusieurs types de plaisirs : « c'est par une sage considération de l'avantage et du désagrément qu'il procure que chaque plaisir doit être apprécié ». Cela signifie que certains plaisirs sont souhaitables et d'autres non, et cela en fonction de ce qu'ils nous apportent. Il faudrait alors « peser » chaque plaisir pour l'évaluer et ainsi savoir si nous devons le rechercher ou non.

Ainsi, nous avons vu qu'il semblait exister des plaisirs qui peuvent rendre malheureux, par exemple ceux qui font souffrir et sont donc incompatibles avec le bonheur vu comme absence de trouble. La recherche du bonheur ne serait alors pas celle de tous les plaisirs mais uniquement de ceux qui ne peuvent pas faire souffrir (contrairement aux doctrines de l'hédonisme et du sybaritisme qui prônent la recherche de tous les plaisirs).

Enfin, pour Sénèque, le bonheur consiste en la « tranquillité de l'âme », fondée sur la vertu. Le plaisir d'être heureux est alors donné « en plus ». Cette tempérance contient bien une idée de durée et non de ponctualité. Par conséquent, le plaisir causé par le bonheur est très différent des plaisirs immédiats qui troublent la quiétude et par lesquels nous sommes, selon Sénèque, « ébranlés par les moindres piqûres du plaisir ». Ces plaisirs-là seraient donc à fuir car ils semblent nous éloigner du bonheur en perturbant notre sérénité tandis que le plaisir d'être heureux serait celui effectivement recherché.

Conclusion

On peut donc distinguer deux grands types de plaisir : les plaisirs brefs, limités, ponctuels qui ne mènent pas au bonheur et qu'il faudrait fuir selon Sénèque et d'autre part, le plaisir long et durable d'une vie heureuse. C'est ce dernier que l'on recherche dans la quête du bonheur.

La recherche du bonheur n'est donc pas celle « du plaisir » mais bien celle d'un plaisir particulier et différent des plaisirs que l'on imagine habituellement.

Il convient de souligner que ce plaisir est la conséquence du bonheur, dont aucun plaisir ne semble être la cause.

Bibliographie

Bonheur et biens extérieurs

« Le bonheur peut-il se passer des biens extérieurs ? »

Nous allons nous interroger sur la nécessité des biens extérieurs, c'est-à-dire des différents avantages qu'il est préférable de posséder, pour la recherche et la stabilité durable du bonheur.]

En effet, les avis sur la question divergent : certaines philosophies antiques ont considéré les différents biens comme des éléments indispensables au bonheur tandis que d'autres les montraient comme des luxes inutiles ou, du moins, superflus.

Les grandes étapes de notre réflexion seront :

Partie I

Tout d'abord, on peut remarquer que les philosophies épicurienne et stoïcienne ont défini le bonheur comme l'absence de troubles. Il semble donc que la satisfaction de nos besoins et désirs soit une condition nécessaire au bonheur. Or, nous comblons beaucoup de ces manques par des biens extérieurs (la solitude par l'amitié, l'ignorance par le savoir, etc...) qui sont alors indispensables.

Dans l'Éthique à Nicomaque, Aristote explique que le bonheur est ce vers quoi tendent nos actions et que pour la plupart des individus, il passe par la recherche des autres biens, comme la réussite politique ou encore le plaisir : « le peuple et le vulgaire voient [...] le bien suprême et le bonheur dans le plaisir. [...] L'élite et les hommes d'action, eux, le voient dans les honneurs ». Ces biens extérieurs seraient donc comme des étapes par lesquelles le peuple ou les élites pensent accéder au bonheur. Ils apparaissent donc encore comme des « passage obligés » vers le bonheur.

Enfin on pourrait considérer le bonheur comme la somme de « petits bonheurs », c'est-à-dire de quelques biens-clés dont le manque rendrait impossible l'accès au bonheur, vision qu'Aristote explique par les phrases : « si l'on manque de certains d'entre eux, comme la naissance, la descendance ou la beauté, on voit sa félicité gâchée puisqu'on ne saurait être du tout heureux si on est disgracieux, mal né ou seul ».

On pourrait donc s'imaginer les différents biens comme des pièces à assembler pour construire le bonheur et ainsi penser que le manque de l'un d'entre eux empêcherait définitivement de vivre heureux. Mais n'existe-t-il pas des contre-exemples ?

Partie II

Un premier contre-exemple est incarné par Alexis, protagoniste de Le Chercheur d'or de Le Clézio : en effet, son bonheur, enfant ou adulte, a l'air par moments complet bien qu'il ne consiste qu'en une vie simple, de promenades sur la plage en écoutant le vent, la mer et les oiseaux, souvent dans la solitude, ce qui ne nécessite pas les biens extérieurs cités par Aristote (la naissance ou la beauté), pas plus que des plaisirs recherchés ni la réussite politique.

Ainsi, les morales stoïcienne et épicurienne conseillent la modération. Par exemple Épicure, dans la Lettre à Ménécée, incite, pour atteindre le bonheur, à ne « dépendre que de soi-même » et à préférer des « habitudes raisonnables et sobres », c'est-à-dire à réduire notre dépendance aux biens extérieurs. De même, Sénèque, dans La Vie heureuse, préconise la tempérance et la soumission de nos désirs à notre volonté. Pour ces deux morales, les biens extérieurs ne sont donc pas à rechercher. La richesse, par exemple, pour Sénèque, même si elle n'est pas à fuir, ne doit pas être considérée comme nécessaire au bonheur.

Le second contre-exemple est celui du philosophe stoïcien Épictète. Celui-ci fut longtemps esclave. Il lui manquait donc un des biens extérieurs les plus essentiels : la liberté. Cependant, Épictète se prétendait heureux car il disait avoir décidé que sa condition d'esclave n'influerait pas sur son bonheur : « taxe-toi donc ou comme libre ou comme esclave, cela dépend de toi », dit-il dans Les Entretiens.

La nécessité des biens extérieurs pour accéder au bonheur n'est donc pas absolue. Serait-il alors possible d'atteindre le bonheur sans aucun des biens extérieurs ?

Partie III

Sénèque, dans La Vie heureuse, nous explique que les biens extérieurs, « certains privilèges », même s'ils sont préférables, « peuvent nous être retirés sans ruiner le souverain bien ». Il donne l'exemple des richesses, que le sage « ne rejette pas [...] mais en est le maître ». Cela signifie que notre dépendance à ces biens n'est pas réelle puisque l'on peut vivre et même vivre heureux sans eux. Par conséquent, leur manque n'apparaît pas comme un obstacle à la recherche du bonheur, puisque celui-ci peut s'en passer.

Un des arguments d'Aristote sur la nécessité des biens extérieurs est que le bonheur est la réalisation de notre aptitude à agir et à « faire le bien », c'est-à-dire à être utiles et que cette action nécessite des moyens que sont les biens extérieurs. On pourrait émettre une objection à cet argument : même s'il semble qu'il soit plus facile de faire le bien lorsque l'on en a les moyens matériels, on peut citer de multiples exemples dans lesquelles l'abondance de bien, en particulier la richesse est non pas une aide mais plutôt un frein à l'action pour le bien commun. D'autre part, il existe également de nombreux exemples de personnes agissant en vue du bien avec très peu de moyens. « La nature nous ordonne d'être utiles [...] Partout où il y a un homme, il y a place pour un bienfait. », dit Sénèque.

Par ailleurs, le souverain bien, pour les Stoïciens, est la vertu, seule vraie voie vers le bonheur : « la vertu suffit pour être heureux ». La différence avec le point de vue d'Aristote est que la vertu est un bien intérieur. Ainsi, comme l'explique Sénèque, le sage qui a atteint le bonheur peut se passer des biens extérieurs car son bonheur réside dans sa vertu qui est un bien intérieur et inattaquable : « celui qui enlèvera ses richesses au sage lui laissera tout son bien ». À l'inverse, les biens extérieurs sont ceux qui peuvent nous être enlevés et sur lesquels, par conséquent, on ne peut pas bâtir un bonheur définitif. Les biens intérieurs seraient donc par conséquent une base plus sûre pour la construction du bonheur puisque contrairement aux biens extérieurs, un revers du destin pourrait pas nous en priver.

Conclusion

Le bonheur nécessite donc des biens puisque notre bonheur, pour exister, doit s'appuyer sur des éléments « évidents et manifestes » (Aristote).

Cependant, les biens extérieurs, même s'ils sont préférables et souhaitables, ne sont pas absolument nécessaires. En effet, la morale stoïcienne montre qu'il est possible d'établir le bonheur sur des biens intérieurs, plus stables.

Ainsi, seule la vertu serait réellement indispensable et, selon Sénèque, suffisante en vue du bonheur.

Bibliographie

Bonheur et raison

« Appréciation du jugement de Descartes : Nous connaîtrons le bonheur si « nous avons toujours suivi le conseil de notre raison » »

Nous sommes face au problème des différentes façons d'accéder au bonheur. Le fait de toujours suivre sa raison mène-t-il nécessairement au bonheur et suffit-il pour rester heureux ?]

Descartes, dans l'une de ses lettres à Élisabeth préconise cette règle morale et prétend qu'elle suffit à « se rendre content soi-même » tandis que certains philosophes, comme Aristote, prétendent que d'autres éléments, comme les biens extérieurs, sont indispensables pour vivre heureux.

Les grandes étapes de notre réflexion seront :

Partie I

Tout d'abord, pour les Épicuriens, le bonheur nécessite le contrôle de nos désirs et passions. Ainsi, Épicure, dans la Lettre à Ménécée, conseille d'opérer une sélection de ses plaisirs : « c'est par une sage considération de l'avantage et du désagrément qu'il procure que chaque plaisir doit être apprécié ». Nous devons donc nous soumettre à certaines règles que nous nous imposons. Épicure conseille par la suite de se forcer à s'habituer à une « vie simple et modeste ». Cette modération est raisonnée et raisonnable puisqu'elle est le résultat d'une réflexion et d'une discipline que l'on s'impose et non la simple recherche irréfléchie de tous les plaisirs.

Pour les Stoïciens, c'est la vertu qui doit nous guider vers le bonheur : dans La Vie heureuse, Sénèque présente la vertu comme suffisante au bonheur : « la vertu suffit pour être heureux » (§16) Ainsi, comme l'explique Sénèque, le sage qui possède la vertu possède le bonheur. Or, cette vertu est définie par Descartes comme « la fermeté de la résolution d'exécuter tout ce que la raison conseillera ». Cela entraîne donc que le seul fait de vouloir en permanence suivre sa raison doit nous mener au bonheur.

Enfin, face aux risques apparents à suivre une raison faillible, Descartes nous explique qu'« il n'est pas nécessaire que notre raison ne se trompe point : il suffit que notre conscience nous témoigne que nous n'avons jamais manqué de résolution et de vertu [qui] seule est suffisante pour nous rendre contents en cette vie ». Par conséquent, seules la conscience d'avoir voulu faire au mieux et la vertu seraient ainsi suffisantes pour nous mener au bonheur.

La vertu, c'est-à-dire la persévérance dans la volonté de l'exercice de sa raison serait donc un moyen d'accéder au bonheur. Cependant, n'existerait-il pas des cas où le seul fait de suivre sa raison serait insuffisant pour être heureux ?

Partie II

On peut d'abord remarquer que notre raison est faillible et que, malgré la bonne volonté dont nous faisons preuve, certains exemples montrent que l'on peut suivre sa raison et faire des erreurs qui peuvent nous mener au malheur. Ainsi, dans Oncle Vania de Tchekhov, le professeur Sérébriakov se sent obligé de vendre sa propriété car cela lui semble plus raisonnable que de la conserver mais cela rend malheureuses les personnes de son entourage.

Un autre exemple est donné par Le Clézio dans Le Chercheur d'or : dans le cas du héros Alexis, sa raison, loin de lui apporter le bonheur, semble faire son malheur. En effet, sa quête du trésor de l'Anse aux Anglais est ordonnée, méthodique et réfléchie. C'est donc incontestablement sa raison qui le pousse à chercher un trésor qu'il ne trouve pas. Ce personnage n'atteint alors pas le bonheur car ce manque persiste. Suivre la voix de sa raison peut donc mener au malheur dans le cas où l'on n'arrive pas à exécuter ses conseils. D'autre part, lorsque le père d'Alexis a acheté une génératrice, il pensait à améliorer son niveau de vie et celui de sa famille pour être plus heureux, mais un cyclone a détruit cette génératrice. Dans ce cas, suivre sa raison ne serait pas suffisant pour progresser vers le bonheur : il faudrait également que nos actions ne soient pas limitées ou empêchées par des contraintes extérieures.

Enfin Kant, dans les Fondements de la métaphysique des mœurs, fait remarquer que le bonheur en tant que parfait contentement s'accompagne rarement de la moralité. En effet, il constate qu'il est fréquent que des gens immoraux soient heureux tandis que d'autres, vertueux, ne le sont pas, malgré le fait qu'ils aient suivi les conseils de leur raison. Kant réfute donc la thèse stoïcienne selon laquelle la vertu est une condition suffisante au bonheur.

Le fait de suivre sa raison avec beaucoup de volonté et de chercher à être vertueux n'implique donc pas forcément d'atteindre le bonheur. Quels sont alors les autres éléments nécessaires pour atteindre le bonheur ?

Partie III

Selon Aristote, le seul fait de suivre les conseils de sa raison n'est pas un condition suffisante au bonheur. En effet, pour lui, « le bonheur nécessite aussi les biens extérieurs [...] et si l'on manque de l'un d'entre eux, comme la naissance, la descendance ou la beauté, on voit sa félicité gâchée ». Ainsi, il semble que l'on ne puisse pas vivre laid ou seul et sans enfants : le manque de ces biens extérieurs nous empêcheraient d'être heureux.

Selon Sénèque et Descartes, la vertu permettrait d'accéder au bonheur. Cependant, on pourrait leur objecter que même si l'on peut accéder à la sérénité en étant vertueux et modéré, il n'est pas évident que cet état corresponde réellement au bonheur. En effet, une personne peut se rendre imperturbable devant les aléas du destin mais peut-on dire qu'elle sera réellement heureuse en sachant que ses proches ne le sont pas ? Il semble que beaucoup de gens préféreraient être malheureux en sachant que ceux qu'ils aiment sont heureux plutôt que de connaître des remords que la vertu (puisqu'elle est morale) ne peut dissimuler...

Enfin, pour Aristote, l'essence même du bonheur est ce qui fait la spécificité de l'être humain, c'est-à-dire son aptitude à agir et en particulier à faire le bien. Or, cette capacité d'action nécessite selon lui non seulement de posséder et suivre sa raison, mais en plus de disposer de certains biens extérieurs, « sans quoi il serait impossible ou malaisé de faire le bien, puisqu'on n'en aurait pas les moyens », dit-il dans l'Éthique à Nicomaque. En effet, il paraît évident que nos possibilités d'action sont très limitées sans moyens. Par exemple, une personne malade et qui n'aurait pas d'amis verrait sa volonté d'action entravée par ces manques et pourrait être dans une sérénité parfaite sans pour autant être heureuse car n'agissant pas.

Conclusion

Par conséquent, le fait de suivre sa raison semble être une condition nécessaire au bonheur puisque la vertu est un guide vers celui-ci et qu'elle permet de vivre sereinement.

Cependant, cette même vertu n'est pas une condition suffisante pour le bonheur puisque pour atteindre un bonheur total, nous devons agir pour faire le bien et donc bénéficier de moyens indispensables que sont les biens extérieurs.

La citation de Descartes disant que nous connaîtrons le bonheur si « nous avons toujours suivi le conseil de notre raison » doit donc être complétée par le fait que certaines conditions doivent également être présentes, notamment des moyens nécessaires en vue de l'action pour le bien.

Bibliographie

Bonheur et souffrances

« La recherche du Bonheur se limite-t-elle à éviter la souffrance ? »

Il semble évident que ne pas souffrir est une condition sine qua non au bonheur. Cependant, on peut se demander si l'absence de souffrance suffit à vivre heureux, et pour combien de temps.]

Les réponses à cette question diffèrent : Schopenhauer prétend que le bonheur se définit comme l'absence de souffrances tandis qu'Aristote explique que les biens extérieurs sont également nécessaires au bonheur.

Les grandes étapes de notre réflexion seront :

Partie I

Les stoïciens et les épicuriens ont défini le bonheur comme absence de troubles, donc un état de sérénité. Dans cette optique, on peut considérer heureux tout individu qui ne souffre pas, c'est-à-dire qui n'est troublé par aucun désir ou manque. Ainsi, Sénèque explique dans La Vie heureuse que le sage stoïcien peut vivre heureux même privé de tout, la vertu lui permettant de ne pas subir la douleur ni la disparition de ses biens ou de ses proches : « celui qui enlèvera ses richesses au sage lui laissera tout son bien » (§26). De plus, « la vie heureuse, c'est une âme libre, élevée, intrépide et inébranlable, placée hors de la portée, soit de la crainte, soit du désir » (§4). Il serait donc même inutile de fuir ces souffrances puisque la vertu suffirait à nous les éviter.

De même, le héros du Le Chercheur d'or, Alexis, pour atteindre le bonheur, cherche à retrouver la vie et le bonheur qu'il possédait avant que l'ouragan ne détruise sa maison du Boucan. Il recherche donc le trésor non pas pour acquérir des biens matériels ni pour atteindre le bonheur par la richesse mais pour retrouver ce qu'il a perdu, c'est-à-dire pour annuler les causes de son manque. Il semble que le simple fait de retrouver sa vie passée suffirait à le rendre de nouveau heureux.

Schopenhauer, enfin, dans Le monde comme volonté et comme représentation, prétend que le bonheur n'a pas d'existence propre (positive) mais n'est que la satisfaction (c'est-à-dire l'annulation, acte négatif) d'un désir et nécessite donc d'abord une souffrance, un manque ou une privation, c'est-à-dire « toute espèce de désir qui, par son importunité, trouble notre repos » et est « la condition préliminaire de toute jouissance ». Ainsi, le bonheur serait cet état de repos non-troublé, qui n'est peut-être jamais atteint puisque « ce qui viendra sera infailliblement une peine nouvelle ou bien [...] l'ennui »

Le bonheur n'étant que le contentement dû à la fin d'un désir, il semble que rechercher le bonheur se résume bien à combler nos manques et à interrompre nos souffrances, que ce soit par la satisfaction matérielle de nos désirs ou bien grâce à notre volonté comme les stoïciens. Mais peut-on vraiment dire qu'un individu qui ne souffre pas est nécessairement heureux ?

Partie II

Tout d'abord, il semble que la définition courante du bonheur présente celui-ci comme un état agréable et pas seulement comme l'absence de douleur. Pour parler effectivement de bonheur, des éléments supplémentaires paraissent donc nécessaires, en particulier la durée. En effet, on imagine mal le bonheur ne durer que le bref instant de satisfaction qui suit l'assouvissement un désir. Au contraire, le vrai bonheur devrait être un état de stabilité durable.

D'autre part, Sérébriakov, l'un des personnages d'Oncle Vania, n'a pas à proprement parler de manques : il semble tout avoir pour vivre heureux, d'une part avec son épouse Éléna que les autres lui envient et d'autre part avec sa maladie qui ne doit pas être très grave puisqu'il refuse les services du médecin Astrov. Cependant, cela ne lui suffit pas : en effet, en plus de ne pas souffrir, il souhaite vendre la propriété de sa femme pour vivre encore mieux, en ville. Il semble donc vouloir non pas répondre à un besoin ou un manque mais à s'offrir quelque chose « en plus », non-indispensable à son bonheur.

Enfin, si l'on identifie le bonheur à l'absence de souffrances, voire à un état de repos sans soucis, cela implique que la plupart des animaux sont heureux, puisqu'ils semblent vivre paisiblement, sans être soumis à des manques ou des désirs. Par conséquent, si l'on souhaite, comme Aristote dans l'Éthique à Nicomaque, définir le bonheur comme une réalité spécifiquement humaine, il convient de trouver un élément qui « ne peut être que particulier » à l'être humain.

On peut donc affirmer que le simple fait de ne pas souffrir n'est pas suffisant pour prétendre être heureux, puisque dans certains cas, d'autres éléments semblent être nécessaires au bonheur. Quels sont alors ces autres éléments ?

Partie III

Pour Aristote, la particularité humaine qui lui autorise le bonheur est l'action, c'est-à-dire sa capacité à posséder et à utiliser sa raison, « accomplissement de sa fonction » qui le distingue des autres êtres vivants. D'autre part, « le bonheur nécessite aussi les biens extérieurs », « comme la naissance, la descendance ou la beauté » sans lesquels « on voit sa félicité gâchée ». En effet, pour agir, l'Homme a besoin des moyens que sont les biens extérieurs. L'action et la possession des biens extérieurs sont donc également nécessaires au bonheur.

Selon Sénèque, c'est la vertu qui doit nous mener vers le bonheur ; celle-ci « suffit pour être heureux » (§16). Elle est définie par Descartes dans une Lettre à Élisabeth comme « la fermeté de la résolution d'exécuter tout ce que la raison conseillera ». C'est cette volonté de toujours agir pour le mieux qui, selon Descartes « suffit à nous rendre contents en cette vie ». On peut en déduire que la possession de la vertu et de la raison est aussi un élément indispensable au bonheur.

Enfin, on on peut remarquer que certaines actions son « indirectement » nécessaires au bonheur. En effet, puisqu'il faut ne pas souffrir pour être heureux, il faut également chercher à éviter toutes les souffrances, y compris celles que l'on s'infligerait à soi-même (comme les remords et les regrets) en évitant leurs causes, par exemple : l'égoïsme. Ainsi, agir pour faire le bien, même si cela ne lui est pas suffisant, est bien nécessaire au bonheur.

Conclusion

Éviter toute forme de souffrance est donc une condition nécessaire pour atteindre le bonheur puisque désirs et manques troublent notre quiétude et nous empêchent d'être heureux.

Cependant, dans certains cas, l'absence de souffrances n'implique pas le bonheur, état qui semble plus difficile à obtenir et ayant une durée plus longue que la simple satisfaction d'un désir.

On peut donc conclure que fuir les souffrances est nécessaire mais non-suffisant au bonheur, d'autres éléments, comme la vertu, la raison ou l'action pour le bien étant également indispensables au bonheur.

Bibliographie

Bonheur ou plaisir ?

« Appréciation de la phrase de Rousseau : Aussi n'a-t-on guère ici-bas que du plaisir qui passe, mais pour le bonheur qui dure, je doute qu'il y soit connu. »

La question posée est, face au plaisir, celle de la possibilité d'accéder au bonheur.]

Les réponses possibles sont diverses : pour les différents philosophes antiques, par exemple, le bonheur existe assurément et on peut établir des méthodes pour y accéder. En revanche, d'autres penseurs comme Rousseau ou Schopenhauer soutiennent que seul le plaisir est réellement connu du commun des mortels.

Les grandes étapes de notre réflexion seront :

Partie I

Tout d'abord, comme l'explique Rousseau dans les Rêveries du promeneur solitaire, « la plupart des hommes, agités de passions continuelles connaissent peu [le bonheur] et ne l'ayant goûté qu'imparfaitement durant peu d'instants n'en conservent qu'une idée obscure et confuse ». L'idée de bonheur, pour la plupart des hommes, serait donc vague, contrairement à celle du plaisir, bien connue, même si, « trop rare et trop rapide », celui-ci ne dure que très brièvement.

De plus, Schopenhauer, dans Le monde comme volonté et comme représentation, prétend que le bonheur n'a pas d'existence propre (positive) mais que seule la satisfaction (c'est-à-dire l'annulation, acte négatif) d'un désir existe. Il note lui aussi que ce plaisir ne dure qu'un temps extrêmement court : « nulle satisfaction ne peut durer ». Ainsi, nous ne connaîtrions que le contentement de nos besoins, et le plaisir qu'il procure, et jamais ce que nous appelons le bonheur.

Sénèque, enfin, dans La Vie heureuse, explique que la plupart des hommes ne peuvent connaître la vertu, c'est-à-dire le bonheur. En effet, « celui qui suit les appels de la volupté paraît sans énergie, amolli » (§13). Ils ne connaît donc que le plaisir, qui l'empêche d'accéder au bonheur : « certains hommes sont malheureux, non pas en l'absence du plaisir, mais à cause du plaisir même » (§7). C'est-à-dire que la recherche du plaisir pour lui-même par ces personnes les détourne de leur véritable but qui est la recherche de la vertu nécessaire au bonheur.

Ainsi, seul le plaisir semble nous être connu. Cependant, est-ce toujours lui que nous recherchons ?

Partie II

Tout d'abord, l'un des personnages d'Oncle Vania, Sérébriakov, semble avoir tout ce qu'il faut pour être heureux, d'une part avec sa femme Éléna que les autres lui envient et d'autre part avec sa goutte et ses rhumatismes qui ne doivent pas le faire souffrir autant qu'il le dit puisqu'il refuse les services du médecin Astrov, venu exprès pour lui. Cependant, il ne cesse de se plaindre, ce qui fait souffrir ses proches et les prive de sommeil, et est continuellement insatisfait. Par conséquent, il doit rechercher quelque chose de plus que le plaisir puisqu'il reste mécontent malgré tout ce qu'il a. Il recherche le bonheur, comme les autres personnages, qui semblent bien loin de l'atteindre car la plupart se disent très malheureux voire, comme Vania, prétendent avoir gâché leur vie.

D'autre part, pour les Stoïciens et les Épicuriens, le bonheur se définit comme l'absence de troubles et non la présence de plaisir. Ainsi, comme le souligne Sénèque dans La Vie heureuse, « la vertu suffit pour être heureux » (§16) : on peut donc atteindre le bonheur sans plaisir ; celui-ci est donné « en plus » : « le plaisir n'est pas la récompense de la vertu, il en est l'accessoire » (§9). Le bonheur semble alors être une réalité bien différente du plaisir, indépendante de celui-ci, mais à rechercher tandis que le plaisir pour lui-même serait à fuir comme nous l'avons vu. C'est donc bien parvenir au bonheur qui doit être notre but et non de « goûter aux voluptés » (§11).

Enfin Alexis, le héros dans Le Chercheur d'or, cherche assurément bien plus que le plaisir : ayant vécu heureux pendant toute son enfance dans le domaine du Boucan, à marcher en bord de mer et dans la forêt et à jouer avec sa sœur Laure, ce bonheur s'est arrêté lors d'un ouragan qui a détruit la génératrice achetée par son père et achevé de ruiner la famille qui doit partir pour Forest Side. Par la suite, Alexis cherchera le trésor du Corsaire dans le but de retrouver ce bonheur perdu. Le but du personnage est donc bien une vie heureuse et pas pour lui seul mais également pour Laure et Mam.

Les hommes recherchent donc le bonheur et pas seulement le plaisir. Cependant, cet état est-il accessible et si oui, l'est-il pour tous les hommes ou pour certains seulement ?

Partie III

Tout d'abord, il semble certain que le bonheur peut être atteint puisque certains l'ont perdu et en gardent le souvenir, comme Alexis, qui a connu le bonheur pendant son enfance, décrite comme un moment heureux et long : le personnage semble vivre le bonheur pendant plusieurs années, comme en témoignent ses descriptions des cours que leur donnait Mam et des jeux avec Laure. Il vivait donc dans un état bien supérieur à celui d'un plaisir éphémère. De plus, cet état semble accessible à tous, au moins les enfants puisqu'il ne consiste qu'à vivre en liberté, dans la nature, à jouer et à se promener. Cet état est d'ailleurs proche de celui que Rousseau prétend avoir atteint, « en [se] voyant entouré de verdure, de fleurs, d'oiseaux ». Rousseau se sert ici de son imagination pour concevoir un monde semble à celui dans lequel vit Alexis, avec ses « romanesques rivages ». Dans les deux cas, le bonheur semble bien présent et surtout accessible facilement, par l'insouciance ou le rêve.

D'autre part, les Stoïciens prétendaient être heureux. Ainsi, par exemple, Épictète qui était esclave, se disait heureux malgré sa condition : la possession et l'usage de la vertu lui permettaient de passer outre son état d'esclave pour pouvoir être heureux : « taxe-toi donc ou comme libre ou comme esclave, cela dépend de toi », dit-il dans Les Entretiens. Ainsi, celui qui possède la vertu pourrait donc être heureux quel que soit son état : « quoique fluet et privé d'un œil, il se portera bien » (La Vie heureuse, §22). Mais on peut se demander si tous les hommes ont la possibilité d'exercer leur volonté comme les stoïciens : être vertueux semble un exercice difficile car une volonté solide est nécessaire pour s'estimer heureux en toute circonstance.

Enfin, on peut noter que beaucoup d'hommes croient en un bonheur futur possible, après la mort ou bien durant leur vie lorsqu'ils font confiance à l'avenir (ce qui est aussi une motivation pour l'action). Cette « aptitude à agir » est présentée par Aristote, dans Éthique à Nicomaque comme une condition indispensable au bonheur, avec les biens extérieurs : « le bonheur nécessite aussi les biens extérieurs [...] comme la naissance, la descendance ou la beauté ». Selon Aristote, exercer « sa fonction », par l'action, et posséder les biens extérieurs, nécessaires, suffirait au bonheur. Ces deux conditions paraissent être accessible à une grande majorité et donc la plupart des hommes semblent pouvoir être heureux.

Conclusion

On peut donc remarquer que, fixés sur lui, la plupart des hommes ne connaissent que le plaisir et donc pas le bonheur. Cependant, de nombreux exemples montrent que nous recherchons effectivement ce dernier.

On peut alors se demander si le bonheur est un état accessible à tous ou seulement à quelques-uns, comme les sages stoïciens ou encore les enfants à qui l'insouciance permet d'être heureux. Finalement, différentes voies d'accès au bonheur semblent à notre portée, du rêve à la possession des biens extérieurs.

En conclusion, la phrase de Rousseau souligne l'un des caractères principaux du bonheur : il est nécessaire de le rechercher car souvent difficile à atteindre et de plus occulté par le plaisir. C'est la raison pour laquelle nombre d'hommes auraient du mal à le trouver.

Bibliographie

Bonheur et recherche

« Doit-on dire qu'on cherche le bonheur ou qu'on le trouve ? »

La question posée est celle de la manière d'accéder au bonheur : est-il nécessaire de rechercher le bonheur ou le trouve-t-on facilement ?]

Les réponses sont diverses : pour les philosophes stoïciens, la vertu (et donc le bonheur) doit être recherchée tandis que certains exemples littéraires montrent des personnages vivant spontanément heureux.

Les grandes étapes de notre réflexion seront :

Partie I

D'après Sénèque, « il est difficile de parvenir à une vie heureuse » (La Vie heureuse, chapitre 1). Une recherche est donc nécessaire pour atteindre le bonheur selon les Stoïciens. De plus, cette recherche n'est pas facile puisqu'elle ne doit pas se faire « sans l'aide d'un homme expérimenté » pour « éviter de se perdre ». Il s'agit plus précisément de la recherche de la vertu, qui est le souverain bien, donc le seul élément indispensable au bonheur alors que les autres « avantages » que sont par exemple la richesse et la santé ne sont que des « préférables » et ne sont donc pas à rechercher puisqu'elles sont « extérieures » et ne dépendent pas de nous.

Pour Tchekhov, cette recherche est particulièrement nécessaire. En effet, les protagonistes d'Oncle Vania sont presque tous et presque toujours malheureux, comme par exemple Éléna dans l'acte II ou encore Sérébriakov qui ne cesse de se plaindre durant toute la pièce. Il semble donc qu'ils ne puissent pas parvenir au bonheur sans faire l'effort d'une recherche. Cependant, on peut également se demander si chercher le bonheur serait suffisant aux personnages pour vivre heureux. En effet, même lorsqu'ils essaient d'être heureux, comme Vania, d'une grande sensibilité, et Sonia, qui a de nombreuses qualités, qui gèrent tous deux le domaine avec beaucoup de zèle, ils sont finalement très malheureux : Vania perd presque la raison dans l'acte III où il essaie de tuer Sérébriakov et Sonia, pendant la réunion de famille, semble coupée du monde après avoir appris qu'Astrov ne l'aimait définitivement pas.

Enfin Alexis, le héros du Le Chercheur d'or, passe de longs mois à rechercher le trésor du Corsaire, censé lui permettre de retrouver le bonheur qu'il a perdu après qu'un ouragan ait détruit la génératrice de son père et achevé de ruiner sa famille. Le trésor lui permettrait de faire restaurer la maison du Boucan pour y vivre avec Laure et Mam, comme pendant son enfance. La recherche du trésor est donc une recherche en vue du bonheur. On peut la qualifier de passionnée (il y passe des mois entiers) et de méthodique (il place des jalons, creuse des trous de sonde...). Alexis se consacrera entièrement à cette recherche qui semble vitale pour lui. Il dit notamment faire « la volonté de son père ».

Il paraît donc indispensable de rechercher le bonheur pour y accéder. Cependant, est-ce toujours le cas ?

Partie II

Pour Descartes le bonheur nécessite de se servir de son esprit, de posséder la vertu qui est la « ferme et constante résolution d'exécuter tout ce que la raison conseillera » (Lettre à Élisabeth) et enfin de ne pas désirer. On peut constater que ces trois conditions ne sont pas difficiles à remplir. Les rechercher est donc inutile ou du moins très simple : l'homme possède déjà la raison et la volonté nécessaires et peut donc être heureux sans recherche préalable. Celle-ci semble donc inutile, seule une certaine détermination paraît nécessaire.

Dans Oncle Vania, les personnages son successivement heureux (comme Sonia qui affirme plusieurs fois « je suis heureuse » dans l'acte II ou encore Astrov lorsqu'il parle de ses cartes et de sa passion pour les forêts dans l'acte III) et malheureux sans qu'ils agissent pour cela. On remarque donc que les passages de l'état de désespoir à celui de bonheur se font sans intervention réelle de la part des personnages : ceux-ci semblent au contraire subir les actions et états des autres protagonistes. Ainsi, tous subissent la mauvaise humeur de Sérébriakov qui lui-même se plaint de vivre avec des « gens idiots ». Il semble donc que les différents personnages ne soient pas maîtres de leurs propres possibilités d'accéder au bonheur.

Selon Rousseau, enfin, le bonheur est facile d'accès, grâce à l'imagination, comme il l'explique dans les Rêveries du promeneur solitaire où il dit avoir été fréquemment heureux à l'île Saint Pierre, « dans [ses] rêveries solitaires », « sous les ailes de l'imagination ». Le bonheur serait donc accessible par le simple exercice de l'imagination et ne nécessiterait donc pas de recherche, seulement un endroit calme et agréable, où l'imagination puisse s'exercer.

Certains exemples montrent donc que l'on peut accéder au bonheur sans nécessairement le rechercher. Le bonheur est-il alors nécessairement facile à atteindre ?

Partie III

Sénèque explique que « la vertu suffit au bonheur » (chapitre 16). Selon lui, l'exercice de la volonté serait donc suffisant pour fuir les maux et ignorer les événements qui ne dépendent pas de nous (et qui n'entraînent ni bonheur ni malheur). Cet exercice de la volonté n'est certainement pas facile et semble réservé aux sages. Cependant, Sénèque prétend que tous les hommes peuvent rechercher et atteindre la vertu, donc le bonheur, même les « indigents », à condition d'accepter de chercher autre chose que la volupté. Ainsi, l'esclave stoïcien Épictète se disait heureux, malgré sa condition, celle-ci n'étant pas suffisante pour l'empêcher d'atteindre le bonheur.

D'autre part, Alexis a d'abord vécu heureux, et sans l'avoir recherché, pendant son enfance, heureuse, dans le domaine du Boucan, à marcher en bord de mer et dans la forêt et à jouer avec sa sœur Laure et également plus tard, avec Ouma, à Mananava quand les deux protagonistes vivent de leur pêche, de promenades et de la contemplation de la mer et des paille-en-queue. Ces épisodes montrent un bonheur particulièrement simple, qui ne nécessite qu'une nature sauvage et hospitalière, celle-ci suffisant aux héros pour vivre dans un bonheur complet qui semble leur avoir été donné sans aucune recherche de leur part.

Enfin, pour Aristote, le bonheur est la réalisation de la spécificité de l'être humain, qui est sa capacité d'action. Or, celle-ci, par définition est possédée par tous les hommes. Une autre condition nécessaire au bonheur est la possession des différents biens extérieurs : « le bonheur nécessite aussi les biens extérieurs [...] comme la naissance, la descendance ou la beauté ». Selon Aristote, exercer « sa fonction », par l'action, et posséder les biens extérieurs, nécessaires, suffirait donc au bonheur. Ces deux conditions paraissent être accessible à une grande majorité d'êtres humains. Par conséquent, la plupart des hommes semblent pouvoir être heureux sous ces seules conditions et donc sans avoir à rechercher longuement le bonheur.

Conclusion

Il semble donc tout d'abord que l'on doive dire « chercher le bonheur » puisqu'une recherche, longue et délicate, paraît nécessaire pour y accéder.

Cependant, de nombreux exemples montrent que le bonheur peut être obtenu de manière parfois très simple et sans recherche, par l'imagination ou la volonté.

Le bonheur ne serait donc pas à rechercher mais plutôt à trouver dans le sens où il suffirait de parvenir à un état dont l'accès serait relativement facile, puisque seules l'action ou la possession de la vertu seraient nécessaires.

Bibliographie

Bonheur et satisfaction

« Appréciation de la phrase de Bernard de Fontenelle : « Ce sage conservera d'autant mieux son bonheur qu'il s'en assurera moins » »

La question posée est celle de la manière de conserver le bonheur : faut-il se contenter de son état lorsque l'on est heureux ou bien continuer à chercher ?]

Les réponses sont diverses : pour les philosophes stoïciens, la recherche constante de la vertu permet de rester heureux alors que d'autres, comme Bernard de Fontenelle conseillent de « ne pas s'en assurer », c'est-à-dire de ne pas chercher à améliorer encore la situation.

Les grandes étapes de notre réflexion seront :

Partie I

Tout d'abord, pour Sénèque, il convient de continuellement rechercher la vertu, que l'on soit malheureux ou déjà un sage : « je ne suis pas un sage [...] il me suffit d'ôter chaque jour quelque force à mes vices et de châtier mes égarements » (ch. 17 de La Vie heureuse). Ainsi, Sénèque, face aux reproches qui lui sont adressées, explique que même s'il est plus proche de la sagesse que ses interlocuteurs, il doit toujours continuer à rechercher la vertu pour progresser vers le bonheur.

Selon Descartes, il convient de « toujours tâcher de se servir de son esprit » et « d'avoir une ferme et constante résolution d'exécuter tout ce que la vertu conseillera » puisqu'il faut, pour être heureux, que « notre conscience nous témoigne que nous n'avons jamais manqué de résolution et de vertu ». Cette vertu doit donc être cherchée à chaque instant car un écart volontaire à cette résolution serait la cause de remords et de regrets qui nous rendraient malheureux.

Pour Aristote, dans Éthique à Nicomaque, le bonheur de l'homme passe par l'accomplissement de sa fonction : « son aptitude à agir » ainsi qu'à « posséder et se conformer à la raison ». Par conséquent, puisque l'action est indispensable à l'homme pour vivre heureux, celle-ci doit être continue et ininterrompue puisqu'elle est nécessaire au bonheur à chaque instant. De même, l'homme doit continuellement se conformer à sa raison, qu'il soit déjà heureux ou qu'il cherche à l'être.

Le fait d'avoir atteint le bonheur ne semble donc pas être une raison suffisante pour arrêter de le chercher : il faudrait au contraire continuer à exercer sa raison et à agir. Mais cela ne peut-il pas au contraire nous le faire perdre ?

Partie II

On peut remarquer qu'au chapitre 25 de la même œuvre, Sénèque explique qu'il faut également savoir se contenter de ce que l'on a : « emmenez-moi au pont Sublicius, parmi les indigents [...] je ne serai en rien plus malheureux ». Ainsi, même si de meilleures conditions sont « préférables », seule la possession de la vertu est nécessaire au bonheur, notre volonté devant être suffisante pour pouvoir être heureux dans toutes les situations. Le principe prôné par Sénèque ici n'est donc plus celui d'une progression par une recherche mais d'une acceptation par la volonté : il ne s'agit plus d'agir mais de supporter notre condition.

On peut également constater que la famille d'Alexis, le héros de Le Chercheur d'or vivait heureux ainsi que sa famille : il se contentait de jouer avec sa sœur Laure et de se promener dans l'immense forêt. Or, c'est l'achat d'une génératrice, par le père d'Alexis, qui sera finalement la cause de leur malheur. En effet, un cyclone ayant détruit la génératrice, cet achat a ruiné la famille au lieu d'améliorer leur niveau de vie : les protagonistes auraient très bien pu s'en passer et continuer à vivre heureux.

Enfin, comme l'explique Bernard de Fontenelle dans Du bonheur, le bonheur « n'est pas un état inébranlable » et un homme heureux « peut tout perdre, même par sa faute ». Il faut donc « craindre d'y toucher, même sous prétexte d'amélioration ». Ainsi, parce que notre bonheur dépend principalement de nous, il est risqué de chercher à obtenir plus encore puisque nous risquons de gâcher nous mêmes ce bonheur. Il vaudrait mieux, par conséquent, s'abstenir d'agir lorsque l'on est heureux.

Certains exemples montrent donc qu'il vaut mieux parfois se contenter d'un état acceptable que de chercher à l'améliorer en risquant de le perdre. Peut-être devrions-nous alors nous contenter de vouloir stabiliser cet état.

Partie III

Tout d'abord, on peut noter que l'une des conclusions d'Oncle Vania est que l'on trouve dans les tâches quotidiennes un début de sérénité. On remarque en effet que c'est en se replongeant dans leur travail habituel, la gestion du domaine, que Sonia et Vania finiront par retrouver leur vie d'avant et donc à oublier un peu leur malheur : « VANIA : Il faut très vite faire quelque chose, sinon je ne supporterai pas. SONIA : Oui, oui, travailler... Dès qu'ils seront partis, nous nous mettrons au travail ». De même, Astrov décrit les moments où il reste avec eux à peindre ses cartes comme des instants sereins qu'il n'a pas envie de quitter : « Il fait chaud, bon... On n'a pas envie de partir d'ici. »

À la fin de Le Chercheur d'or, Alexis renonce à chercher le trésor et brûle tous ses papiers, « pour enfin être libre » (p. 373) : il a compris que le passé était révolu et qu'il devait vivre heureux en se contentant de ce qu'il a. Il vit alors « des jours de bonheur à Mananava », avec Ouma, vivant « une vie de sauvages » (p. 364), c'est-à-dire avec rien d'autre que la forêt, la mer et les paille-en-queue. C'est un état stable qui dure : « les saisons sont passées » (p. 366) et qui ne s'achèvera qu'avec le départ d'Ouma, qui ira rejoindre son frère.

Pour Fontenelle, enfin, « le plus grand secret du bonheur, c'est d'être bien avec soi [...] et d'y avoir une retraite agréable ». En effet, si la fortune nous enlève notre bonheur, notre seul refuge sera nous-même. C'est donc par la volonté que l'on pourra retrouver le bonheur, même dans les pires situations (comme Épictète qui, même esclave, se disait heureux) ou encore par l'amélioration des conditions des autres car « une récompense infaillible pour [la vertu], c'est la satisfaction intérieure ». Nous devons donc principalement chercher à vivre en accord avec nous-même pour être moins soumis aux situations extérieures.

Conclusion

Continuer à chercher et agir paraît donc être l'attitude à adopter lorsque l'on est heureux, pour progresser et chercher à obtenir un état encore meilleur.

Cependant, on dit souvent que « le mieux est l'ennemi du bien ». Ainsi, trop agir peu parfois rendre malheureux, puisque le bonheur est un état instable.

Finalement, les seules actions paraissant nécessaires lorsque l'on est heureux sont celles qui tendent à stabiliser la situation, en particulier s'habituer à se contenter de ce que l'on a et se préparer à faire face à une fin éventuelle de notre bonheur.

Bibliographie


Cette page en français a été créée par Peter à partir d'un exposé scolaire, le 3 juillet 2007 et modifiée pour la dernière fois le 24 août 2016. Son avancement est noté 3/3.