Commerce équitable

Un exposé sur les commerces équitable et éthique, le développement durable et leurs liens avec l'informatique libre.


Présentation

Cet exposé nous a été présenté par l'association Artisans du Monde, qui représente, en 2004, 130 boutiques tenues par 5000 bénévoles. Il nous a éclairé sur les nombreux problèmes existant aujourd'hui dans le commerce mondial, les profondes inégalités qui y règnent et les moyens mis en œuvre pour y remédier.

La solidarité internationale

La notion de solidarité implique la présence de disparités entre les pays. En effet, on répète souvent que dans le monde, 20 % de la planète possède 86 % des richesses. Il s'agit bien sûr des pays du Nord (Europe, Amérique du Nord et Japon). En revanche, les pays du Sud (Amérique du Sud, Afrique subsaharienne, Asie centrale) sont démunis. Parmi eux se trouvent les PMA. Certains états sont dans un régime transitoire, ce sont les PED, comme la Chine, l'Inde ou le Brésil.

Des associations humanitaires viennent en aide aux plus défavorisés. Leur action vise à améliorer les domaines suivants :

Le commerce éthique

Dans le schéma actuel, la richesse d'un pays est déterminé par l'importance de ses échanges. Or, ceux-ci augmentent actuellement le fossé entre Nord et Sud. D'une part, les pays du Sud vendent des matières premières aux pays du Nord mais le cours de celles-ci s'est effondré tandis que le cours des produits manufacturés importés par ces pays augmente. D'autre part, ces cours étant soumis aux cours mondiaux, ce sont les acheteurs (les multinationales du Nord et l'OMC) qui fixent les prix (à l'exception du pétrole qui bénéficie d'une gestion particulière par l'OPEP et qui est d'ailleurs la seule denrée à rapporter réellement de la richesse aux pays qui l'exportent). Ainsi, les maïs, cacao, blé, riz, soja, café... sont achetés à des prix inférieurs au coût de production tandis que ces mêmes produits sont vendus exportés par les pays riches à un prix encore plus bas, permis par d'importantes subventions (PAC en Europe), ce qui conduit à une concurrence déloyale avec les productions locales. En effet, les 1,8 milliards d'agriculteurs manuels présents de par le monde ont une production bien moins importante de bien moins productive que ceux des pays hautement industrialisés.

Le commerce actuel ne fait donc pas preuve d'éthique. L'exemple bien connu est celui de la répartition du prix d'un paire de chaussures de sport (quelle que soit la marque). Ainsi, sur les 80 € qu'elle coûte en magasin :

Un autre exemple, également réel, montre l'absurdité de la méthode de production d'un T-shirt, vendu dans un magasin de sport français :

Cet exemple illustre la spécialisation de chaque pays dans une étape bien précise, qui fait s'interroger sur la quantité de carburant qu'il a fallu utiliser pour les six transports consécutifs. De plus, la mention « made in France » (non-obligatoire) que porte finalement le T-shirt peut être justifiée si le fil de couture utilisé en Bulgarie est importé de France...

Le développement durable

Cette notion est définie par l'expression "répondre aux besoins du présent sans compromettre le futur". Cela consiste par exemple à chercher à évoluer, mais en respectant l'environnement et sans épuiser les ressources naturelles (notamment par l'utilisation des énergies renouvelables).

Mais plus précisément, dans le but d'un développement à long terme, l'action sera de faire évoluer les mentalités en matière d'économie mais aussi de :

Le commerce équitable

Le commerce équitable cherche à trouver des solutions à ces problèmes :

[Cliquez pour agrandir : 97 Kio] Paris - Enseigne de commerce équitable.

Conclusion

Encore très marginal (0,01 % du volume mondial en 2004), le commerce équitable tend à se développer. Certains pays sont en avance sur la France (25 % des bananes consommées en Suisse proviennent du commerce équitable). Le problème actuel majeur est celui des débouchés : un grand nombre de petits producteurs souhaiterait intégrer ce système mais les ventes en France restent insuffisantes, malgré un catalogue de 500 références, importées de 100 producteurs dans 45 pays.

Lien avec l'informatique libre

Pendant un stage dans une entreprise de commerce équitable s'est posée une question importante concernant les suites bureautiques. En effet, le poste informatique sur lequel j'ai commencé mon travail était équipé de la suite Microsoft® Office 2007 tandis que mon collègue disposait d'Office 2003. Par la suite, l'arrivée d'une nouvelle stagiaire dans le service m'a contraint d'utiliser mon ordinateur personnel pour continuer mon travail. Divers problèmes sont alors apparus au niveau de la compatibilité entre les formats de fichiers générés par les différentes versions d'Office utilisées dans l'entreprise d'une part et leur interprétation par la suite libre OpenOffice d'autre part.

Ayant personnellement, par ailleurs, une expérience en informatique libre relativement longue et une affinité prononcée avec ce domaine, travailler dans le secteur du commerce équitable m'a fait prendre conscience de certaines similarités qui existent entre les fonctionnements et les objectifs de ces deux activités. En effet, il est clair que la question de l'informatique libre n'est pas spécifique aux entreprises de commerce équitable et qu'elle se pose déjà dans de très nombreuses entreprises et structures. Cependant, les entreprises de commerce équitable entendent promouvoir certains principes éthiques, en particulier une économie à échelle humaine, opposée à la domination de grands groupes privés multinationaux. Dans cette optique, j'ai réfléchi à la question suivante :

« L'adoption d'une suite bureautique libre par cette entreprise est-elle souhaitable ? »

Et plus généralement :

« Peut-on penser que l'image de l'entreprise auprès du public tirerait un bénéfice d'un changement de politique en matière d'équipement en logiciels informatiques ? »

Mon premier point de réflexion concerne l'image de la compagnie pour le client. En effet, lorsque celui-ci achète un produit équitable, le bénéfice réalisé par l'entreprise équitable doit être réparti équitablement entre tous les intermédiaires, depuis l'artisan du Tiers-Monde jusqu'au vendeur travaillant dans une boutique parisienne, selon un principe fondamental du commerce équitable. Cependant, étant donné le prix d'une licence de Microsoft® Office, une certaine part de cette argent ira à Microsoft®, entreprise multinationale non-impliquée dans une démarche éthique. Ainsi, l'utilisation de l'informatique libre pourrait permettre à une entreprise engagée dans l'économie sociale d'augmenter sa cohérence et, via une communication adaptée envers ses clients, d'améliorer son image auprès d'eux grâce à cette preuve supplémentaire d'implication concrète et de mise en pratique des principes de sa charte.

De plus, l'utilisation d'un logiciel par une entreprise peut avoir comme effet d'inciter ses partenaires à utiliser la même solution. En effet, dans tout domaine économique, mais plus encore dans le commerce, une communication parfaite entre les protagonistes est une condition sine qua non de réussite. De là, il paraît clair que les entreprises qui échangent des informations, sur les produits de leur catalogue par exemple, doivent s'efforcer d'unifier leurs formats de données dans le but d'obtenir une lecture parfaite de ces informations. Lorsque l'on observe concrètement le support d'un même format de fichiers par deux logiciels concurrents et même par deux versions différentes du même logiciel, l'on est forcé de constater que la compatibilité est loin d'être parfaite et que l'affichage d'un même document peut être très différent d'un logiciel à l'autre et mener au pire à des erreurs d'interprétation et au mieux à une perte de temps, et donc de productivité pour la personne qui sera chargée de lire ces informations. Ainsi, un artisan du Tiers-Monde, sera incité de facto à utiliser la suite de Microsoft® et l'argent qu'il y consacrera ne sera pas utilisé à des fins plus utiles, comme le développement de son atelier.

Un dernier élément qu'il me semble important de considérer et qui contrebalance l'un des principaux arguments en faveur de l'utilisation de Microsoft® Office est l'« universalité » prétendue de ses formats de fichiers (.DOC, .XLS, .PPT, etc...). Celle-ci est en fait illusoire pour plusieurs raisons. En premier lieu, et comme je l'ai annoncé plus tôt, la compatibilité entre deux versions de cette suite est limitée et donne lieux à des incompatibilités. D'autre part, ses formats sont « fermés », c'est-à-dire que ses spécifications ne sont pas publiques. La conséquence de cela est la difficulté extrême à programmer un logiciel capable de lire (et encore plus de produire) des documents dans ce format. On peut interpréter ce refus de diffusion des caractéristiques techniques des fichiers comme une stratégie commerciale de la part de Microsoft®, visant à empêcher une bonne compatibilité entre ses propres fichiers et les logiciels développés par d'éventuels concurrents (rares en réalité, le monopole de l'entreprise étant quasi total avant le développement d'OpenOffice).

Ces faits sont à comparer avec le support par OpenOffice du format indépendant OpenDocument, qui répond à une norme ISO (source). Au delà de la simple volonté de pouvoir accéder à ses documents dans 10 ans, ce qui n'est pas garanti par les formats de fichiers propriétaires, cette norme « ouverte » (c'est-à-dire dont les spécifications sont publiques) autorise quiconque le souhaite à créer un logiciel capable d'interpréter les fichiers la respectant. Son intérêt me semble alors évident pour les pays du Tiers-Monde (fortement concernés par le commerce équitable) dont les artisans, avec lesquels la compagnie est amenée à traiter, n'ont pas nécessairement les moyens d'acheter une suite bureautique commerciale. Comme nous l'avons vu, l'utilisation du logiciel de Microsoft® limite l'interopérabilité des fichiers créés et force d'une certaine manière les interlocuteurs de l'entreprise à adopter Microsoft® Office pour avoir une parfaite lecture des documents transmis.

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle l'Union Européenne recommande l'utilisation de formats ouverts autant que possible : « Les nécessités de transparence et d'accessibilité dictent que les échanges d'informations publiques avec les gouvernements évitent de dépendre de technologies qui impliquent ou imposent un produit ou une plate-forme en particulier pour les affaires ou les citoyens. » (source)

De même, l'État belge a rendu obligatoire l'utilisation de ce format pour l'échange de fichiers et un rapport rendu au gouvernement français en 2006 va dans le même sens (source). On peut également mentionner le passage de la gendarmerie nationale (source) et des députés français (source) à des systèmes libres, comme le système d'exploitation Ubuntu, basé sur le noyau Linux. Nos députés utiliseront ainsi nécessairement OpenOffice, Microsoft® ne commercialisant pas de version Linux de sa suite Office.

L'argument des formats « ouverts » est d'autant plus d'actualité que Microsoft® a fait certifier ISO son propre format ouvert, baptisé « OOXML » (ou plus précisément « ECMA-376 : Office Open XML File Format ») le 29 mars 2008 (donc pendant ma rédaction de ce micro-mémoire). Cette certification a cependant donné lieu à une polémique. En effet, une première présentation puis un vote avaient déjà eu lieu en août et septembre 2007 et s'étaient conclus par un rejet (53 % de votes positifs, alors qu'il est nécessaire de réunir plus de 66 % de votes positifs et moins de 25 % de votes négatifs). (source) Le second vote, en mars 2008, s'est achevé par la normalisation voulue par Microsoft®, sous le nom de norme internationale DIS 29500. L'irrégularité supposée dans cette nomination implique notamment la Norvège, car « plus de 80 % du comité norvégien de normalisation souhaitait conserver le premier vote : le non. Au final, il a été compatibilisé dans le camp du oui. » (source) Par conséquent, une « enquête préliminaire des régulateurs européens relative au format de fichier OOXML [a été ouverte]. Ici, ce n'est pas son utilisation par défaut dans la suite bureautique Office 2007 qui est remise en cause, mais le supposé lobbying exercé par Microsoft® en vue d'obtenir rapidement une norme ISO (International Standards Organization) » (source).

Par ailleurs, de nombreux arguments laissent planer un doute important sur l'objectivité de la décision. Ainsi, un document (source) rédigé par l'alliance pour l'utilisation du format OpenDocument liste des faits relatifs à ce format. Sa documentation, par exemple, fait 6000 pages, contre 11 en moyenne pour un format ISO (187 pour OpenDocument). D'autres points de sa spécification contredisent certains formats ISO, notamment pour l'écriture des dates. Enfin, Microsoft® a publié un document promettant de ne pas poursuivre en justice d'autres entreprises qui implémenteraient OOXML dans leurs logiciels, ce qui semble être un minimum pour un format qui se veut universel. Cependant, la licence d'utilisation du format s'avère en définitive incompatible avec celle de la plupart des logiciels libres, la GPL (source).

En conclusion, on peut clairement affirmer que la question de l'informatique libre et de l'émergence de standards internationaux pour les formats d'échanges de données vont prendre une importance croissante dans les décisions des entreprises du monde entier du fait notamment de la mondialisation mais également des bénéfices que ces entreprises peuvent en tirer en termes de réductions de coûts, de gain de temps, de fiabilité et également d'image auprès de leurs clients. Les événements récents dans ce domaine et leurs implications sur les politiques de nombreux pays prouvent l'importance des enjeux économiques et technologiques liés à ces standards. Enfin, étant donné que les entreprises engagées socialement ont la volonté de donner l'exemple aux autres en ce qui concerne l'éthique économique, certaines pourraient tenter l'expérience de l'adoption de logiciels ouverts et envisager ainsi une cohérence encore plus grande entre leur fonctionnement et les idéaux qu'elles soutiennent.

Lexique

Termes et acronymes :


Cette page en français a été créée par Peter à partir d'un exposé scolaire, le 15 juin 2004 et modifiée pour la dernière fois le 24 août 2016. Son avancement est noté 2/3.